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15 décembre 2010 Ravenna. Italie. Bleu, couleur et lumière dans les mosaïques de Ravenna.
vendredi 5 août 2011
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Dans le parcours historique qui va de la malchance au succès de la couleur bleue et que Michel Pastoureau trace depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, la mosaïque paléochrétienne et byzantine s’est créé un espace limité vu comme une exception, un héritage de l’Occident grec et romain, qui attribue peu d’attention à la couleur bleue.
Dans les mosaïques qui décorent les monuments les plus anciens de Ravenna, les artistes ont utilisé une vaste gamme de tesselles en pâte de verre de couleur bleue avec de nombreuses nuances et tonalités, qui s’harmonisent naturellement avec les tesselles ornées de lamelles d’or. Celles-ci, grâce à leur couleur jaune due à la lamelle d’or et à la tonalité ambrée qui caractérise souvent la base de la pâte de verre, donnent une relation de quasi-complémentarité entre bleu et jaune, entre bleu et jaune-orange, bien avant que le concept de complémentarité apparaisse officiellement dans les théories de la couleur.

JPEGDans les monuments ravennates les plus anciens, tels le Baptistère Néonien ou le Mausolée de Galla Placidia, les personnages sont tracés dans un décor intensément coloré de bleu foncé. Un bleu où se découpent et brillent les tesselles d’or et d’autres couleurs comme les blancs des marbres. La décoration de ce genre qui occupe la première place, est celle du Mausolée de Galla Placidia où les voûtes en berceau sont décorées avec des étoiles dorées et ordonnées dans un décor vibrant - bleu foncé.
Dans les monuments successifs - Basilique Saint Vital, Eglise Saint Apollinaire Le Neuf, Basilique Saint Apollinaire en Classe - le rapport entre le bleu et l’or semble s’inverser. L’or se répand et illumine le fond tandis que le bleu caractérise les détails des scènes représentées non moins importantes. Est bleu le globe sur lequel est assis le Christ dans l’abside de Saint Vital et est bleue l’eau où est immergé le Christ dans la scène du baptême dans le Baptistère des Ariens. Mais sont bleus également, d’un bleu qui conserve une valeur naturaliste, les cieux dans les représentations des évangélistes sur les parois du presbytère de l’Eglise de Saint Vital. Et c’est encore dans le presbytère que la voûte, qui représente l’Agnus Dei placé dans un ciel inévitablement bleu et étoilé, rappelle directement la voûte étoilée du Mausolée de Galla Placidia du siècle précédent.

JPEGPour le ciel, son rapport avec la divinité et la transparence de la lumière en tant qu’émanation directe de la divinité, ce sont les textes bibliques qui parlent de l’importance de la couleur bleue et de son rapport avec les pierres précieuses. Dans l’Exode on imagine la voûte du ciel comme une plaque de saphir. Dans Ezechiel au contraire on représente la vision de Dieu assis sur un trône placé sur une base de lapis-lazuli, pierre utilisée pour produire un pigment intense de couleur bleue.
L’utilisation de pigments bleus n’est pas inconnue dans l’Antiquité, même si, comme le souligne Michel Pastoureau, on n’a pas de terminologie spécifique pour indiquer la catégorie du bleu d’une manière univoque et le bleu n’est pas inclus parmi les couleurs primaires qui sont, selon les théories de Platon et d’Aristote, le blanc, le noir et le rouge ; enfin, même si produire des pigments bleus est particulièrement difficile.
La fritte égyptienne et l’azurite sont des pigments d’origine minérale dont les bleus dérivent principalement de composés de cuivre. L’indigo a une origine végétale et provient de la fermentation des feuilles de l’Indigofera Tinctoria. On a déjà parlé du lapis-lazuli.

JPEGEn ce qui concerne les tesselles en pâte de verre des mosaïques paléochrétiennes et byzantines, la couleur bleue est due à la présence non seulement des oxydes de cuivre, fer et manganèse, mais surtout de composés de cobalt. Le cobalt a un pouvoir colorant particulièrement élevé et, même en présence d’un pourcentage minime dans la pâte de verre, il est capable de donner une coloration intense de bleu.
Parmi les pigments bleus antiques il y a la fritte, dont la production passera de l’Egypte à la Grèce et à tout l’Empire Romain. La fritte, par sa nature et pour ses modalités de production, semble avoir mêlé son histoire à celle de la production des tesselles bleues en pâte de verre. Vitruve, au Ier siècle av. J-C en décrit la technique de fabrication après l’avoir vue dans une fabrique de verre de Pouzzoles près de Naples. Le pigment se forme suite à la cuisson du cuivre, du natron et du sable contenant de la silice et de la calcite.

Quand, aux Ve et VIe siècles après J-C, on utilisera du sable sans calcite et que l’on aura une coloration verte au lieu du bleu, ce composé connaîtra un déclin graduel et ne sera employé que dans quelques régions d’influence byzantine.

Le déclin se produit à la même époque où les tesselles bleues dans les décors ravennates de nombreuses scènes laissent la place aux tesselles ornées de lamelles d’or. Même si entre les deux événements on ne peut supposer une relation de cause à effet, leur évolution parallèle et leurs procédés de travail très semblables pour réaliser des verres bleus, tracent un parcours historique, certes de plus courte durée, mais de signe contraire à celui tracé par Pastoureau, du succès à la malchance du bleu.


Article rédigé par Daniele Torcellini. Images : le Mausolée de Galla Placidia. Source : WIKIPEDIA

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